La pudeur en option

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Les hommes naissent libres et égaux. C’est faux. A la naissance, chacun part avec sa petite valise sous le bras. Certaines valises sont bien pleines, et dans d’autres ils manquent des choses. Moi par exemple y’avait plus de place pour le sens de l’orientation. Et bien pour d’autres, on n’a pas pu caser la pudeur.

En 3 petits jours, j’ai eu deux cas d’études qui me permettent d’étayer ma thèse.

Attention : les cas exposés sont tirés de faits réels.

Cas n°1 : Chez le coiffeur

Je n’aime pas aller chez le coiffeur. Attention, mes cheveux sont toute ma vie, mais je ne supporte pas de d’avoir le cul paralysé par 4 heures d’attente dans un fauteuil inconfortable à lire Closer de juillet 2011, et écouter chacun raconter sa vie comme si Cindy ( stéréotype du prénom de la coiffeuse) avait une quelconque notion de psychologie (je ne crois pas que ce soit au programme du CAP coiffeuse). Bref, en principe, on se contente de la varicelle du petit, des travaux dans la maison, de la belle-mère en maison de retraite. Ça saoule, mais c’est pas bien méchant.

Mais pas cette fois. Là, j’ai découvert que la race humaine n’avait aucune limite.

Tandis que toute enrubannée de papier d’alu je lisais tranquillement un article sur la naissance prochaine du bébé Sarkozy (Closer Juillet 2011, n’oublions pas), Madame A s’installe sur le fauteuil à coté du mien. Rapidement (en 4 secondes), le salon apprend que Madame A. a donné naissance à une petite fille la semaine précédente. Oh joie, oh bonheur. Alors que tout le monde se délectait de ce petit moment de douceur, tout à coup, Cindy, sans réfléchir, a posé la question de  non retour :

« Et l’accouchement s’est bien passé ? »

A partir de là, Madame A s’est confiée, beaucoup, longtemps. Trop. Là ou certaines se seraient contentées d’un modeste « Comme une lettre à la poste », ou à la rigueur « un peu long, très fatiguée », Madame A, elle, a décidé de tout nous raconter dans le détail.

D’abord, l’épisiotomie. Madame A a fait une réaction au fil, et du coup : « ça m’a fait tout des hématomes, j’ai l’impression de marcher avec des testicules entre les jambes ». On appréciera la poésie. Puis l’épidurale : « une aiguille grande comme ça (en montrant la taille d’une baguette de pain). On te dit que tu vas rien sentir, mais c’est pas vrai ». Merci pour celles, qui comme moi, ne sont jamais passées par là, ça donne envie. Et ensuite est arrivé l’instant le plus glamour de toute mon existence : « Et vu que tu as le bas tout endormi, tu sens rien. Et donc quand tu pousses, tu te chies dessus. Du coup j’avais le cul plein de merde ».  Comment vous dire ? j’aurais voulu partir en courant, m’expatrier, m’engager dans la légion étrangère, mais l’arbre de noël au dessus de ma tête m’en a dissuadé. Aujourd’hui encore, ses mots résonnent dans ma tête. Je pense que cette absence totale de pudeur, à ce niveau là, provient d’un gène défaillant. C’est forcément une maladie. La valise a dû être sérieusement endommagée.

Cas n°2 : Dans le train

Pour aller travailler je prends le train. Un TER de 1912. Le TER a deux particularités : 1) il y a beaucoup de place entre les sièges qui se font face  2) L’insonorisation est a peu près la même que celle entre un ouvrier et marteau piqueur. Ces deux particularités combinées obligent les passagers à parler TRES FORT s’ils veulent avoir un semblant de conversation.

C’est ce que faisaient Jeanine et Odile (prénoms d’emprunt vous indiquant la tranche d’âge de nos deux protagonistes). Ci-dessous le détail de la conversation dont à profité tout mon wagon, et peut-être même le pilote (faudra que je vérifie).

(la conversation avait vraisemblablement commencée sur le quai)

–          …du coup je sais pas encore ce que je vais faire

–          Mais c’est quand l’enterrement ?

–          Ben jeudi

–          Alors ça te laisse pas beaucoup de temps pour te décider

–          Oui, mais bon, je crois quand même que je vais le faire incinérer

–          Oh ben t’as bien raison, c’est plus simple.

–          Oui, pis ça revient moins cher en plus

–          De toute façon on n’en avait jamais parlé, alors ma foi, je fais comme je pense que c’est le mieux

–          Moi j’avais eu le même problème avec ma sœur. Ben je l’avais incinérée. Elle m’avait jamais rien dit, alors j’ai fait comme je pensais être le mieux. Pis les gens ils sont chiants aussi, ils meurent et ils te disent jamais ce qu’ils veulent, et après c’est à toi de te débrouiller.

Nous passerons outre la dernière phrase qui m’a laissé pantoise : « les gens meurent et ne te disent jamais ce qu’ils veulent ». Les gens, ces gros cons, qui te pourrissent la vie, même quand ils meurent. Y’a quand même pas de quoi de laisser un post-it « Je filoche, PS : incinères moi STP ».!! Nous retiendrons par contre le fait d’aborder ce type de questions très intimes et personnelles au milieu d’un train bondé en heure de pointe : est-ce réellement le bon endroit ? Dans ce cas là, je pense également qu’il reste beaucoup de place dans la valise.

 

 

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3 réflexions au sujet de « La pudeur en option »

  1. J’ai l’impression que tu lis dans mes pensées … je déteste le coiffeur.
    J’aime le calme …et tu dois faire la conversation à Cindy et aux clientes.
    J’ai 2 conseils à te donner (si tu veux bien) :
    – Chez le coiffeur : Je pretexte un rdv important dans 2 heures maxi afin que Cindy ne me fasse pas poireauter et ne pense pas que je suis venue papoter avec ma nouvelle meilleure amie.
    – Concernant l’accouchement, je suis maman de Jumelles, et je peux t’assurer une chose, donner la vie est la chose la plus merveilleuse au monde.
    Ceci n’est pas un cliché mais la réalité, la vrai vie.
    J’etais inquiete moi aussi de l’accouchement (et je te passe les détails des sois disant copines qui te lancent « moi avec un seul je ne m’en sorts pas, alors avec 2 je n’ose meme pas imaginer l’enfer » ou le superbe « quand on a des enfants, ton mari ne te regarde plus, c’est le plus beau billet vers le divorce, bonne chance ».
    Dans ce cas soit on s’ecroule soit on se dit que l’on devrait faire le tri de ses amis.
    Moi j’ai décidé de faire confiance en a la vie et en mon homme.
    Et j’ai eu raison, il s’est révélé etre un papa attentif et aimant.
    Je ne connaissais pas mon homme sous cet angle, et je suis tombée amoureuse une deuxième fois de lui lorsque je l’ai vu s’occuper de nos enfants.
    La vie nous réserve parfois de bonne surprise….

  2. Y’a des choses qui ne se disent pas… Moi j’ai des radars à la place des oreilles, je capte donc très bien les conversations de ce genre, mais en général ça me fait rire!

    P.S: Merci Bridget!

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