Vis ma vie de chômeur

J’aimerais aujourd’hui revenir sur un statut que partagent de plus en plus de personnes : le statut de chômeur. Après une longue période chez Pôle Emploi, et voyant la fin de ma période d’essai arriver à grand pas dans mon nouveau job, j’avais envie de revenir dessus et de partager mon expérience.

 Image

Le chômage, des fois tu le vois venir, des fois ça te tombe dessus par surprise. Quoiqu’il en soit, il va falloir vivre avec, et surtout avec le regard des autres sur toi.

Au début il n’y a rien de dramatique, tu en parles ouvertement, ça ne fait que 3 semaines, 1 mois, 2 mois…Rien de grave qu’on te dit (et que tu penses), tu vas vite retrouver, avec ton expérience et tes capacités.

Tu penses que Pôle Emploi va bien t’aider, après tout, cette grande machine administrative est là pour toi.

Et puis au fil des jours, tu vois le chômage s’installer durablement, et sans t’en rendre compte, tu t’y habitues.

 

Tu constates que Pôle Emploi ne t’aide en rien, a part te coller des rendez-vous ou tu n’as pas le droit d’être en retard sans risquer d’être radiée, mais ou on hésite pas à te faire poireauter 1 heure au milieu de tes congénères : après tout c’est pas grave, t’es au chômage, t’as que ça à foutre. On t’envoi de temps en temps une annonce qui ne correspond en rien à ce que tu recherches, on te propose des formations qui ne servent à rien, on t’explique qu’on a pas trop de temps à t’accorder : tu sais lire et écrire, c’est pas le cas de tout le monde, donc t’es pas prioritaire.

 

Tu passes tes journées sur les sites d’offres d’emploi, tu les connais par cœur, tu es devenue une pro du marché de l’emploi. Tu postules, encore, toujours, chaque jour, sans relâche. Tu as à peu près 200 CV différents parce que tu les adaptes à chaque annonce à laquelle tu réponds. Tu reçois inlassablement des emails t’expliquant que tu es parfaite, mais qu’on ne va même pas chercher à te rencontrer. De temps en temps, l’espoir revient avec un entretien d’embauche. Tu y crois, ça s’est bien passé, tu fais des plans sur la comète, et finalement non, on a préféré quelqu’un d’autre car tu ne parlais pas espagnol, tu ne connaissais pas le logiciel xxx, tu avais trop d’expérience, tu n’es pas assez ou trop extravertie, ou le pompon : le poste a été pourvu en interne.

 

Le regard des autres devient vite pesant, personne ne t’appelle ou ne te vois sans commencer par un « alors, du nouveau côté boulot ? ». Tu as envie de répondre que si y’avait du nouveau, tu le crierais sur tout les toits, mais tu te contentes d’un gentil « non, toujours pas ». Tu essaies de changer de sujet, mais on insiste : « j’ai entendu parler d’un poste chez xxx », « tu devrais peut être reprendre une formation », « t’as essayé d’envoyer un CV chez xxx ? ». Tout le monde connaît plein de monde, fait passer ton CV à droite à gauche, mais ça ne donne rien.

 

On te fait aussi culpabiliser, en disant que tu devrais peut être pendre un job alimentaire, c’est toujours mieux que de rester à rien faire. On ne te le dit pas, mais tu sais qu’on te voit comme un parasite qui profite du système.

On pense que tu le vis bien, que tu profites de ton temps libre, personne ne veut croire que tu te lève tôt le matin, et que chercher du boulot, c’est un boulot à plein temps. On te demande ce que tu fais de tes journées, et on te recrute pour les tâches ingrates (garder le petit, attendre EDF,…) sous prétexte que TOI, tu as le temps.

 

Les mois s’enchaînent, et tu vois la dépression te guetter. Tu n’y crois plus, tu n’as plus envie d’y croire. Tu réponds toujours aux annonces, comme on jette une bouteille à la mer : sans réel espoir. Petit à petit tu te coupes du monde, parce que t’en as marre de ne parler que de ça. Ta vie sociale est bientôt réduite à néant, tu sombres. « Repasse les poussières, y’a toujours à faire, repas solitaire, en point de repère », Jean-Jacques Goldman semble avoir écrit cette chanson juste pour toi.

 

Et puis un jour, sorti de nulle part, un coup de téléphone. Un poste pour lequel tu n’avais pas été retenue est à repourvoir, on aimerait te rencontrer. L’entretien se passe bien, mais ils reçoivent d’autres gens. Ca fait longtemps que tu as arrêté de t’emballer, tu rentres et enlèves ton tailleur pour le ranger jusqu’au prochain entretien, quand soudain le téléphone sonne : c’est la boite qui te rappelle déjà. Tiens, t’as dû oublier ton parapluie. Non, on te veut. ON TE VEUT. Oui. Tu restes sans voix, tu ne sais pas comment réagir, tu n’oses pas y croire, c’est trop beau pour être vrai. 3 Jours plus tard tu commences, et là, tu le comprends : le chômage est derrière toi.

 

Cette triste période de ma vie semble s’éloigner de plus en plus, et j’espère vraiment ne plus connaître le chômage. Je souhaite plein de courage à ceux qui n’ont pas encore vu la lumière au bout du tunnel, et surtout : ne perdez pas espoir.  Le boulot c’est comme l’amour, ça vous tombe dessus quand vous vous y attendez le moins !

 

Publicités

8 réflexions au sujet de « Vis ma vie de chômeur »

  1. Toutes mes félicitations, et j’adjoins mes encouragements aux tiens : aspirant travailleur, aspirante travailleuse, si si j’te jure, il y a un bout à ce fichu tunnel 😉

  2. Parfois, la situation sociale et bien plus violente que la situation financière, et tu l’exprimes bien dans cet article. Le problème, c’est qu’on nous bassine tellement avec cette illusion que « le travail, c’est la vie », que les personnes au chômage se sentent bien souvent inutiles, ce qui peut causer des dommages importants dans l’estime de soi…
    Chouette article en tout cas! 😉

  3. C’est exactement ça. Et oui je fais partie de cette grande famille du « chômage » depuis bientôt 1 an et je n’ai pas encore trouvé comme toi cet emploi salvateur
    mais je te félicite
    Article très juste et bien écrit

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s