Lettre ouverte au(x) Call Center

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A toi qui cherche désespérément à me joindre, à n’importe quelle heure du jour et la nuit, comme si ton emploi ta vie en dépendait, à toi qui ne veut que mon bien et me proposer que des choses qui amélioreront mon quotidien, toi mon fidèle ami Call Center, je tenais à te dire quelques mots, ne serait-ce que pour te remercier de l’application que tu mets à poursuivre notre relation (non consentante).

 

Tout d’abord j’aime beaucoup ta façon de jouer, d’essayer de me surprendre. Au début tu appelais en numéro anonyme, c’était vraiment rigolo, je ne m’y attendais pas. Et puis j’ai vite calculé que c’était toujours toi, alors j’ai arrêté de répondre, pour jouer aussi. Mais ça tu l’as compris aussi, tu es malin.

Alors tu as essayé de me feinter : pour contourner le blocage des appels anonymes,  tu montrais ton numéro ! Là j’ai vraiment beaucoup rit, parce que je me demandais qui était cet inconnu qui appelait de l’autre bout de la France : et en fait c’était toi ! Encore !

Alors pour pimenter un peu le jeu et te challenger, je me suis dit que je n’allais tout simplement plus répondre aux numéros que je ne connaissais pas. Tu continues encore et toujours, sans relâche, sans jamais t’avouer vaincu,  mais voilà, comme tu ne laisses pas de message, je sais bien que c’est toi, petit coquinou.

Dernièrement tu m’as bien eue : tu as réussi à trouver le numéro de ma ligne téléphonique que je n’ai jamais mis en circulation, et qui était réservé à ma famille. Je ne sais pas comment tu as fait, mais sur ce coup là je reconnais tu as fait fort. Alors je t’ai répondu, tout plein de fois. A tel point que j’ai convenu avec ma famille d’un code : ils font sonner une fois avant de me rappeler vraiment. Tout ce que j’espère c’est que la NSA ne t’a pas transmis ce code secret…Pour l’instant ça marche.

Je reconnais que quelque fois je te fais des blagues aussi : j’aime bien te raconter n’importe quoi. Quand tu veux me vendre du vin, je te dis que c’est contre ma religion. Quand tu veux que j’aide mon prochain au fin fond de l’Afrique, je te fais croire que je n’aime pas les gens de couleur. Quand tu veux me vendre des fenêtres, je te raconte mes malheurs de mère célibataire avec 5 enfants à charge sans emploi. Hier tu voulais absolument me faire changer de forfait téléphonique : t’as pas su quoi répondre quand je t’ai dit que j’avais pas d’amis à appeler ! Ça ne devait pas être dans le plan argumentaire que tu avais sous les yeux.

Je  tenais aussi à te dire que j’aime beaucoup quand tu écorches mon nom, ou quand tu penses que je suis « Monsieur » Max. Et puis quand tu essaies de me faire croire que tu t’appelles Pierre alors que ton  gros petit accent me laisse à penser que tu serais plutôt un gentil Mustapha.

Tu me fais vraiment beaucoup rire, mais évidemment  tu comprendras que ce petit courrier est ironique. Parce que tu m’énerves un petit peu quand même. Beaucoup, en fait. D’accord : tu me fais royalement chier. T’AS PAS AUTRE CHOSE A FOUTRE QUE ME HARCELER ???

Mais des fois le soir avant de m’endormir, je pense à toi, et j’ai de la peine. Mon petit coeur saigne pour toi. Parce que je me dis que je ne voudrais pas être à ta place une seule seconde. Parce que tous les autres gens avec qui tu joues comme avec moi doivent être très méchants, tout le temps. Et que finalement tu es bien courageux de faire ce job que personne ne voudrait faire, et que tu ne dois pas avoir bien le choix pour tomber aussi bas. Ni ici, ni là-bas. Encore moins là-bas en y réfléchissant bien. Alors je me dis que la prochaine fois que tu appelleras, ce soir sans doute, je te répondrai. Correctement, sans mentir, sans m’énerver. Juste pour tu aies au moins une personne qui aie été gentille avec toi dans cette journée / semaine / mois / année…

Faut que je te dise Call Center, je ne t’en veux pas.

Bien à toi,

Max. 

J’ai pas de mec, et je fais avec. (Ou sans, en l’occurrence).

 

 

Article publié sur SBG (3)

 

woman sitting with a drill on the floor. isolated

 

 

L’autre jour, je vous racontais que j’étais célibataire et que je le vivais bien. Vous avez d’ailleurs plébiscité ce post et je vous en remercie, à croire qu’on est quand même pas mal dans ce cas. Mais, si je veux être honnête, je dois amener un complément d’information à ce propos : quand t’as pas de mec, y’a certaines choses qui se compliquent.

 

  • Les histoires de voiture :

Parce que faire un chèque pour la payer, c’est finalement le plus simple. C’est après qu’on veut juste épouser le premier pas-trop-moche venu, quand il s’agit de changer ses pneus, et de comprendre les histoires de dimensions digne d’une équation à 5 inconnues. Comme si les équipementiers n’avaient pas pu trouver un système type soutien-gorge, ou il suffirait de dire « il me faut du 95D » en lieu et place de « je crois que j’ai besoin de 215 55R16 95H », ce à quoi on ne comprend rien, sauf que c’est cher.

 

  • Les histoires d’araignées/souris/ tout ce qui nous fait hurler comme des hyènes :

Parce que quand t’as un mec, il suffit de lui intimer l’ordre d’assassiner sauvagement et immédiatement cette énorme chose velue qui nous menace. Quand t’as pas de mec, il faut d’abord calmer sa crise d’hystérie, et aller trouver au plus profond de soi les ressources nécessaires pour balancer son godillot dessus. Une fois sur deux c’est Pompon le chat qui se le prend en pleine tronche, mais la nature étant bien faite, les chaussures vont par deux.

 

  • Les histoires de plomberie

On a toutes connu un évier bouché, un robinet qui fuit. Mais on beau avoir la caisse à outil Ikea et une connexion Internet qui nous permet de faire des recherches sur laplomberiepourlesnuls.com, ça n’en reste pas moins compliqué. Plus on démonte, plus c’est la merde, et en principe notre mémoire ultra sélective ne s’encombre pas du souvenir de l’emplacement de chaque pièce quand il faut remonter le tout. Du coup, un robinet récalcitrant devient vite un dégât des eaux. Pour le salut de leur papier peint, nos voisins eux aussi aimeraient qu’on se trouve un mec.

 

  • Les histoires de feignasses :

Parce qu’on n’a pas envie d’aller faire les courses, parce qu’on n’a pas envie d’appeler le banquier, parce qu’on ne veut pas faire la queue à la Poste, quand on a une moitié, si on s’y prend bien, on peut lui refiler la corvée. Quand t’es célibataire, tu dois te bouger le derrière, parce que rien ne va se faire par magie.

 

  • Les histoires de lâcheté :

Parce qu’on n’a pas envie d’aller à la fête de Tatiana, on n’aime pas ses copains / son appart / sa bouffe / elle, on doit toujours trouver une excuse à peu près valable. Et vu que ladite Tatiana sait qu’on passe la majeure partie de nos samedi soir à regarder des séries en streaming, on abandonne l’idée de lui faire croire qu’on a autre chose de prévu, et on va à la fête, à reculons certes, mais on y va. Quand t’as un mec, tu peux toujours avoir une soirée avec ses potes à lui : Tatiana ne peut pas les connaître tous et avalera la couleuvre sans s’en rendre compte.

 

Alors en réalité, faut que je vous dise, un mec, c’est quand même bien pratique.